Que deviennent les légumes laissés au champ en hiver ?


Voici une question légitime qui nous a été posée récemment : les légumes qui restent sur nos champs en hiver sont-ils voués à pourrir au lieu d’être consommés ? Cette question amène plusieurs éléments de réflexion plus globale qu’il nous paraît intéressant de partager avec vous, cher public du quartier des Vergers.


Il peut paraître en effet choquant que nous laissions pourrir des cultures dans nos champs alors que certaines personnes pourraient profiter de cette nourriture. Si on s’arrête à cette considération, cela va sans dire, il faudrait immédiatement redistribuer les légumes avant qu’ils soient gâtés par le temps.


En revanche, si on cherche à comprendre pourquoi certaines cultures paraissent abandonnées (alors qu’elles ne le sont pas nécessairement), ou pourquoi d’autres ne sont en effet pas commercialisables, ou encore pourquoi ce qui reste au champ n’est pas forcément perdu… on arrive à une réponse un peu plus complexe.


Mais reprenons depuis le début ; nous cultivons, à la Ferme du quartier des Vergers, des légumes biologiques, en pleine terre et toute l’année, qui viennent achalander l’assortiment du supermarché participatif paysan – La Fève. Ces légumes sont soumis aux aléas de la météo, des attaques parasitaires et des plantes adventices (dites « mauvaises herbes »). En maraîchage biologique, nous renonçons à l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques et disposons essentiellement d’outils mécaniques et de la force de nos bras (et de nos ânes !) pour venir à bout des aléas cités plus haut. Parfois cela fonctionne et parfois cela fonctionne moins bien…


Dans le cas qui nous intéresse, vous êtes peut-être plusieurs à vous être demandés pourquoi certains légumes restent au champ en hiver et paraissent abandonnés. Un premier cas de figure concerne les légumes dits « hivernants », par exemple les poireaux, les choux, certaines salades, ou encore des légumes racines du type carottes et navets. Ces légumes passent l’hiver au champ et sont récoltés au fur et à mesure des besoins durant l’hiver et au début du printemps, jusqu’à l’arrivée des premiers légumes de printemps. Ainsi, le champ est notre « garde-manger » qui préserve ces légumes résistants du pourrissement et du gel. Évidemment, l’esthétique extérieure des légumes peut paraître peu engageante, mais une fois récoltés et nettoyés, il n’y paraît plus rien !


Un deuxième cas de figure concerne les récoltes qui ne fonctionnent pas comme prévu, du fait d’une attaque parasitaire ou d’un gel précoce ou de tout autre aléa qui touche les maraicher-ères. Les légumes issus de ces cultures sont parfois piqués par les insectes, habités par les vers et encore grignotés par les chenilles ou les limaces… Ils ne sont dès lors plus commercialisables (même si les client-es de la Fève sont très compréhensifs), même s’ils restent parfois consommables. C’est le cas cette année par exemple des colraves, qui étaient attaqués par les limaces et fendus par un gel précoce. Nous avons tout de même récolté une partie de ces légumes pour les transformer en choucroute (voir le post actualités du 3 décembre 2021).


Enfin, dans la situation où certains légumes ne pourraient ni être récoltés ni être transformés (ce qui représente en fin de compte une petite minorité), que se passe-t-il pour ces cultures ? Toutes les personnes actives dans le secteur maraîcher connaissent cette situation et doivent faire face à des pertes de cultures. Évidemment, personne ne le souhaite, surtout quand on sait à quel point le maraîchage biologique est chronophage et coûteux (tant en main d’œuvre qu’en achats de plantons). Mais dans le cas où des légumes pourriraient au champ, ils seraient toujours utiles aux cultures car une fois décomposés et intégrés à la terre, ils constituent un compost indispensable à l’enrichissement des sols et donc au bon déroulement des prochaines cultures. N’oublions pas que l’agriculture est une affaire de long terme et que les résultats ne se lisent pas immédiatement, mais bien au fil des années d’un travail minutieux et passionné.